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Chasse ouverte

A l’heure où cet épisode sort, nous sommes en novembre, en pleine saison de la chasse. Et ça, c’est rarement une bonne nouvelle pour les humains de chiens qui aiment se promener en pleine nature.

Récemment, je me suis retrouvé un lundi matin à passer une balade avec Charlie assez catastrophique à cause de la chasse. Suite à ça, je vous avais demandé vos conseils sur Instagram. Ce sujet vous a parlé, alors je me suis dit qu’il méritait un épisode.

J’ai eu la chance de grandir entre la ville et la campagne, c’est donc un sujet que j’ai toujours connu de loin (personne ne chasse dans ma famille) et qui m’interpelle depuis que je suis toute petite.

Et puis, depuis 2 ans et demi, j’ai un beagle. Une race emblématique des chasseurs, et ça n’est pas sans conséquence. Pas une semaine ne passe sans qu’on me la rappelle : de la part soit des passants, soit de Charlie lui-même. Alors, en quelques sortes, la chasse fait partie de ma vie.

Spoiler alert : dans cet épisode, j’essaye au mieux d’être factuelle et de mettre en lumière et en perceptive ce qui doit l’être à mon sens. C’est une réflexion personnelle que je vous partage et elle ne tient qu’à moi.

Voici donc un tour d’horizon sur la chasse pour en comprendre les enjeux, quelques conseils pour renforcer sa sécurité et agir pour faire entendre nos voix.

REGLEMENTATION EN VIGUEUR

Quand on est promeneur de chien et qu’on apprécie de se promener un peu plus loin des villes, en forêt, bois ou près des champs, on se rend vite compte que notre aspiration à côtoyer la liberté de la nature peut être un peu compromise. En cause : la chasse. Tirs plus ou moins proches, armes bien visibles, panneaux peu rassurants, en passant par tout ce qu’on peut lire sur les accidents occasionnés par cette pratique. Il ne faut pas longtemps avant de faire demi-tour pour ne pas risquer d’y laisser sa peau. Mais revenons un peu sur ce que c’est, la chasse.

L’article L220-1 du code rural dispose que « La gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats est d’intérêt général. La pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l’équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique.

Le principe de prélèvement raisonnable sur les ressources naturelles renouvelables s’impose aux activités d’usage et d’exploitation de ces ressources. En contrepartie de prélèvements raisonnés sur les espèces dont la chasse est autorisée, les chasseurs doivent contribuer à la gestion équilibrée des écosystèmes. La chasse s’exerce dans des conditions compatibles avec les usages non appropriatifs de la nature, dans le respect du droit de propriété. »

A la lecture de cet article, on comprend que le droit français accorde un immense intérêt et une grande responsabilité à la chasse. L’action de chasse peut se définir comme la traque d’animaux dans le but de les capturer ou de les abattre, les manger ou les détruire. La faune sauvage est principalement visée puisqu’il est question de la réguler et il existe tout un tas de techniques de chasse différentes en fonction de l’espèce visée. En France, la chasse à lieu principalement en milieu rural donc, où se trouve la faune sauvage, et tout un tas de règlementations sont en vigueur pour en encadrer la pratique et les techniques employées (même si je ne vous parle ici que du théorique et non de la pratique).

Ce qui est autorisé (si autorisation préalable) :

  • La chasse sur chemin rural public (sur arrêté du Maire de la commune)
  • La chasse sur parcelle privée si accord du propriétaire
  • La chasse à travers champs cultivés (même si les fruits sont encore présents)
  • La chasse sur terrain occupé par du bétail tant que ça n’effraye pas ledit bétail (oui oui vous entendez bien, *émoji chaudes larmes*) ou a minima le droit de passage si la chasse n’y est pas autorisée (*émoji chaudes larmes* bis): c’est le cas de figure dans lequel vous avez un pré avec des chevaux par exemple : vous pouvez en interdire la chasse dessus, mais pas le droit de passage des chasseurs (je suis en PLS).

Ce qui est interdit :

  • La chasse à moins de 150m des habitations (ce qui n’est pas grand-chose)
  • La chasse sur les voies ouvertes à la circulation du public (je vous épargne un cours de droit des biens publics mais il s’agit des chemin et routes, communales, départementales ou nationales)

Globalement, si vous vous promener en week-end dans un endroit rural assez loin des habitations, vous risquez très probablement de croiser des chasseurs. On aura compris que le droit français accorde une place importante à la chasse. Mais revenons à la pratique et remettons les choses dans leur contexte. Que représente la chasse aujourd’hui ?

LA CHASSE EN FRANCE EN 2021

Aujourd’hui en France, la chasse est régie par la Fédération nationale des chasseurs, agrée au titre de la protection de l’environnement. Vous commencez à comprendre pourquoi les chasseurs se disent premiers écolos de France ? Cette fédération est en pratique un puissant lobby qui vise à maintenir une activité dense de la chasse sous couvert de protection/régulation de l’environnement. En réalité, la chasse est une affaire culturelle, de tradition, devenu un loisir et même un plaisir (même si c’est un concept qui peut bien facilement nous échapper, nous amoureux des animaux vivants).

On compte aujourd’hui environ 1 million de chasseurs en France. Il s’agit d’une population plutôt vieillissante et par conséquent, le nombre de chasseurs est en déclin. Ce qui pose véritablement problème, c’est les dégâts et les dérives qui sont de plus en plus mises en lumière. La chasse aujourd’hui n’est pas pire qu’avant, elle est simplement plus exposée. Et puis les temps changent, la société évolue et certaines traditions peinent à conserver leurs raisons d’être. Aujourd’hui, les langues commencent tout juste à se délier et les voix à se faire entendre vis-à-vis des dérives et pratiques courantes et barbares dont on parle peu. Néanmoins, l’omerta sur le sujet est encore immense tant les violences associées à la défense de la chasse sont courantes, tant le lobby est puissant et tant les dérives sont peu considérées.

Quelques chiffres pour la saison 2019-2020 :

  • 141 accidents de chasse dont 11 mortels relativement peu punis (quelques centaines d’euros d’amende pour avoir tué quelqu’un par exemple)
  • Environ 40 millions animaux tués en France dans le cadre de la pratique de la chasse et 5 millions d’animaux blessés non retrouvés.
  • Environ 300 000 animaux tués par week-end de chasse.

Et puis je tenais à rajouter une ligne. Une ligne qui n’a pas de chiffre, celle des victimes collatérales : les chiens de chasse. Parce que oui, les chasseurs ne chassent pas seuls. Et l’Homme a avant tout domestiqué le chien pour ça. Ils ne sont jamais comptés dans ces chiffres et pourtant subissent plus que quiconque dans cette histoire.

On parle rarement de leur vie enfermée dans des petits enclos et jardins à attendre la saison.

On parle rarement de leurs mauvais traitements quotidiens (même si tous les chasseurs vous diront qu’ils aiment leur chien).

On parle rarement de leurs blessures atroces durant la chasse.

On parle rarement de leur décès lorsqu’ils tombent sur plus forts qu’eux, qu’ils sont moins doués que d’autres, ou qu’ils sont « confondus » avec du gibier.

Rappelons-le, les chiens de chasse sont sélectionnés pour des types précis de comportements, spécifiques aux techniques de chasse employées. Je parlerai ici principalement du chien courant que je connais mieux même si globalement tous les chiens ont un instinct de chasse plus ou moins marqué et ont été sélectionné pour un type particulier. Les chiens courants comme le beagle ont été sélectionné pour courir, des heures durant, concentré uniquement sur l’animal à chasser, en faisant totale abstraction du reste, y compris de leur survie.

Il m’arrive souvent de passer du temps à observer Charlie en crise dans notre jardin parce qu’un chat est passé un peu plus tôt. Il est envahi d’une excitation tellement sombre et puissante que j’ai l’impression qu’il s’écoule une éternité avant qu’il retrouve son calme. Une sérénité encore plus difficile à trouver si je ne l’aide pas. Dans ces moments-là, il se transforme. Il court à une vitesse dingue, aboie fort et rauque, il est totalement inarrêtable. Un jour, il s’est même râpé les lèvres à sang à force de pister sur les pavés.

Quand je vois Charlie dans cet état, qui arrive à se blesser alors qu’il est dans un endroit sécurisé, que personne ne lui a jamais appris ou demandé de faire ça, sur un animal avec lequel il n’a aucun passif, je suis triste. Alors me direz-vous, pourquoi avoir choisi le beagle ? Parce que c’était une belle manière pour moi de casser la chaine, d’en sortir un de ce cercle vicieux, de montrer aussi qu’ils sont capables de beaucoup mieux que d’être de simple chien de chasse tout en respectant ses envies et ses instincts.

RENFORCER SA SECURITE

On comprend vite que nos balades automnales ne sont pas si simples à envisager qu’elles en ont l’air tant le sentiment d’insécurité peut être présent. D’ailleurs, l’automne semble même souvent durer un peu trop. Alors quand-est-ce qu’on peut se promener ?

Globalement en France, l’ouverture de la chasse pour cette année a débuté entre le 23 août et 26 septembre 2021 et elle fermera au plus tard le 28 février 2022. Les règlements et calendriers de chasse sont arrêtés localement par chaque Préfecture de Département. Je vous invite donc à vous y référer pour connaitre ce qui s’applique autour de chez vous.

Au niveau des jours de chasse, c’est la même histoire. Un jour sans chasse avait été introduit en France en 2000 et a été abrogé en 2003. Il faut donc se référer aux règlements locaux des Préfectures de Département qui fixe les jours et heures de chasse autorisées, et le plus simple est de se renseigner auprès des Mairies.

En bref, la chasse, en France, c’est 5 voir 6 mois par an. C’est la moitié de l’année. Et en tant que promeneur, c’est la moitié de l’année à devoir faire attention.

Mais faire attention à quoi et comment ? Je vais ici tenter de synthétiser vos conseils ainsi que les tips que j’ai pu trouver. Rappelons que le risque principal pour vous et/ou votre chien serait de se prendre une balle perdue ou être « confondu avec du gibier ». L’objectif sera alors de tout mettre en œuvre pour à la fois profiter de sa balade tout en assurant votre sécurité et celle de votre chien.

  • Choisir sa zone de balade : renseignez-vous auprès de la mairie, faites attention aux panneaux, demander à des promeneurs ou personnes du coin. Plus vous serez informé des lieux de chasses plus vous pourrez les éviter et vous tenir loin du danger.
  • Rester sur les chemins : une fois la zone identifiée, je vous invite à rester sur les chemins, à s’éloigner de la végétation dense, à marcher le long des champs, à la lumière par exemple, afin de pouvoir être mieux distinguer qu’en plein sous-bois entre ombre et branchages.
  • Être repérable : vêtement fluo, gilet fluo, équipement du chien fluo, en la matière, il existe un peu tout pour être visuellement repérable de loin. Vous pouvez aussi mettre une clochette à votre chien pour qu’il fasse du bruit en se déplaçant. Ça vous permet de savoir où il est et d’indiquer sa présence aux autres occupants des lieux, chasseurs comme animaux.
  • Garder son chien en laisse :
    • Tout d’abord, il faut savoir qu’en période de chasse, les odeurs peuvent être beaucoup plus fortes que d’habitude. C’est normalement le moment où il y a le plus d’animaux et où ils se déplacent le plus. Votre chien peut donc vite d’être déconcentré dans sa balade: il peut risquer de partir en pistage sans vous, prédater ou chasser s’il y est sensible, et ne plus du tout être à votre écoute
    • Les chiens peuvent, par leur passage à certains endroits plus sauvages, avec ou sans longe, abimer la flore, des nids etc.
    • Ils peuvent aussi laisser de nombreuses marques odorantes qui peuvent gêner le développement de la faune sauvage. Ces deux derniers conseils sont également valables en dehors des périodes de chasse d’ailleurs, et je vous invite à y veiller lors de vos promenades en nature.

Beaucoup de chiens ont peurs des pétards. Si vous savez ou sentez que c’est le cas et que des tirs retentissent au loin, reportez votre balade ou changez d’endroit. Il est inutile de mettre votre chien en difficulté en plus des conditions déjà peu évidentes à gérer pour vous.

Également, si votre chien échappe à votre surveillance et tue malencontreusement un animal sauvage : appeler le garde-forestier du coin, via la mairie si besoin.

Cette partie conseil est assez courte malheureusement, car il n’y a en réalité pas grand-chose à faire. Il s’agit ici de faire face à des personnes armées, souvent peu formées, qui se pensent (et sont dans les faits) protégées et au-dessus des lois. Il s’agit de quelques personnes qui s’accaparent les espaces naturels au détriment des autres. Et en plus de cela, il s’agit d’une activité qui fait des victimes parmi les non participants, ce qui n’est pas courant. Sans parler de ces animaux magnifiques, conscients de leur monde, qui ne demandent qu’à vivre paisiblement dans leur environnement.

FAIRE ENTENDRE NOTRE VOIX

Historiquement, on admettait que les citadins n’aimaient pas la chasse de loin parce que cela ne faisait pas partie de leur mode de vie ni de leur système de pensée, et que de toutes façons, ils avaient choisi de vivre plus loin de la nature et ne pouvaient donc pas se sentir concernés. A l’inverse, dans les campagnes, la chasse a toujours été une histoire de tradition, une pratique sur laquelle moins on se pose de question et mieux on se porte.

Mais aujourd’hui, parce qu’on tente de se reconnecter à la nature, parce que les avancées scientifiques en matière de conscience et de bien être animale avancent, la prise de conscience a lieu. Les pratiques douteuses et inavouables qui étaient gardées secrètes dans les campagnes sont révélées au grand jour (comme l’élevage d’animaux pour la chasse, la chasse en enclos, les méthodes de chasse à la glue etc.). Et parce que nous aussi nous aimerions profiter de la nature qui nous entoure en toute sécurité, nous pouvons aujourd’hui faire entendre notre voix.

Vous aurez compris mon avis sur le sujet, il s’agit de ma réflexion personnelle et vous n’êtes pas obligé d’être d’accord avec ça. A mon sens :

  • On ne peut pas parler de régulation de la faune sauvage quand on l’implante et qu’on l’entretien pour la tuer ensuite
  • On ne peut pas parler de respect et d’amour des animaux quand on met en place des pratiques complètement barbares pour «se faire plaisir » à ôter la vie d’un animal
  • On ne peut pas se dire respectueux de la nature quand, en considérant des espèces comme nuisibles et en en exterminant chaque individu, on détruit et déséquilibre des écosystèmes entiers qui savent très bien s’autoréguler sans intervention humaine. A ce titre, j’aimerai vous partager l’exemple du renard qui est considéré comme nuisible alors que dans son écosystème, il mange les tiques et pourrait être notre seul rempart contre la maladie de Lyme.

Je vous invite également à faire entendre votre voix en signant des pétitions, telle que la pétition citoyenne du collectif « Un jour un chasseur » afin qu’une proposition de texte législatif pour un meilleur encadrement de la pratique de la chasse et la limitation des accidents liés puisse être examinée par le Sénat. Vous avez jusqu’à Mars 2022 pour la signer via France Connect (c’est sécurisé et assez simple d’utilisation). Voici les mesures proposées :

  • Dimanche et mercredi sans chasse
  • Renforcement des formations et règles de sécurité
  • Contrôle et suivi des armes de chasse et des comportements à risque
  • Des sanctions pénales à la hauteur des délits commis
  • Libération de la parole et reconnaissance des victimes de la chasse par l’État

Je tenais aussi à vous partager l’action de L’ASPAS (Association pour la protection de la faune sauvage). Cette association milite pour une meilleure information et protection de la faune sauvage française et se bat contre la chasse et ses pratiques peu acceptables. Notamment, cette association tentent de racheter collectivement des parcelles de terrain pour préserver la faune et la flore qui s’y trouve. Ils ont d’ailleurs racheté un enclos de chasse dans le Vercors dans ce but l’année dernière (vous en avez peut-être entendu parler dans l’émission Sur le Front des animaux menacé d’Hugo Clément). Vous pouvez également signer plusieurs pétitions depuis leur site sur différentes thématiques.

Je voulais enfin vous reparler de l’importance et de l’action très concrète que représente le soutien à des associations. En souvenir du bon vieux temps pour ma part, on va parler un peu de droit parce que c’est aussi par l’action juridique que ces associations remportent des victoires dans leur bataille pour un monde meilleur. Récemment, le gouvernement a autorisé par arrêté la chasse de 113 000 oiseaux d’une certaine espèce pour avoir la complaisance des chasseurs. Néanmoins, cet arrêté vient d’être annulé par le Conseil d’État en vertu du fait qu’il contrevient au droit de l’Union Européenne. Cette annulation juridique n’a été possible que parce que quelqu’un s’y est opposé juridiquement : en l’occurrence LPO et One Voice Animal. Sans soutien financier, ces associations ne pourrait pas agir sur le plan juridique. Si l’action de terrain est importante, l’action juridique a également un impact très important (si ce n’est plus quand il concerne des autorisations/interdictions générales appliquées sur tout le territoire).

En conclusion, la chasse n’est pas une activité qui a le vent en poupe mais qui dispose d’un lobby puissant pour redorer son image. Pour le moment, nos seuls moyens d’action sont de veiller à notre sécurité et de faire entendre nos voix pour faire changer les choses et retrouver un jour notre liberté de jouir de la nature et de nos campagnes.

SOMMAIRE

  • 00:10 : Présentation de l’épisode
  • 01:27 : Introduction
  • 02:28 : Tour d’horizon – Règlementation en vigueur
  • 05:30 : La chasse en France en 2021
  • 09:13 : Passage à l’action – Renforcer sa sécurité
  • 14:30 : Faire entendre notre voix
  • 19:15 : Soutenir le podcast

ON EN PARLE DANS CET EPISODE

CREDIT

Musique : Dolling – Cybersdf

Identité graphique : Mélanie Giangreco

Bonne écoute !